Ce n'est que récemment que j'ai réussi à expliquer d'une manière plus appropriée. J'espère que les gens apprécieront mes photos comme ils apprécieraient la peinture d'un rocher. Lorsqu'ils la regardent, ce qu'ils voient en premier n'est pas le rocher lui-même, mais l'image cadrée sur lui ! En fait, je photographie vraiment les pierres d'une manière plus intense que n'importe quel autre objet. Je me sers des pierres comme d'un véhicule pour les couleurs, les lignes, les textures et les structures, un véhicule pour les sonorités, les rythmes et les mélodies, ou plus précisément, un véhicule pour les humeurs et les sentiments. J'ai recherché et découvert les choses que j'aime à travers un tel véhicule qui peut être des pierres, des déserts, des cours d'eau, des écorces ou n'importe quoi d'autre.

| | En fait, j'adhère à l'idée qu'un travail abstrait offre plus de place à l'imagination et permet de mieux la nourrir qu'un travail concret. La question qu'il faut se poser est : comment créer une photographie « abstraite » ? Un peintre peut donner libre cours à son imagination et créer sa propre image, mais un photographe peut uniquement enregistrer la réalité d'un objet en particulier. J'ai longtemps été incapable de trouver le chemin de la photographie abstraite. Lorsque le moment décisif arriva, j'étais en voyage entre Urumqi dans la province du Xinjiang et Lhassa, au Tibet, en août 2000. Un matin ensoleillé, alors que je quittais Ritu en voiture, je remarquai que l'érosion avait transformé les basses collines rocheuses qui se trouvaient des deux côtés de la vallée en morceaux de rochers irréguliers, ronds ou carrés, gros ou petits, chacun d'entre eux joliment bordé de rouge orangé sombre ou clair. Quand j'ai observé ces pierres à travers mon objectif, mon cœur a bondi de joie, « Ce n'est pas un Mirò ? ». C'est à ce moment que j'ai eu l'impression d'avoir ouvert la porte du royaume de la liberté et de m'être embarqué dans mon propre voyage vers la photographie abstraite. Je ne suis que l'un des nombreux enthousiastes de Chine qui sont dingues de photographie. Je me suis servi pour la première fois d'un appareil photo en 1965 alors que j'avais 16 ans. Aujourd'hui, la photographie occupe l'essentiel de ma vie et constitue la langue particulière qui m'est propre et qui me permet d'exprimer mes pensées et mes sentiments. Je suis un photographe amateur, ce qui signifie que je ne gagne pas ma vie avec mes photos et que je dispose de beaucoup de liberté dans ma création photographique. Je n'ai pas à m'inquiéter de savoir si mes photos vont vendre ou à freiner mon désir créatif pour satisfaire les goûts de mes clients. Pour attiser mon feu, j'ai besoin de me recharger en permanence. J'ai donc toujours appris du travail d'autres photographes et, qui plus est, des styles artistiques de différentes écoles et de la musique, surtout de la musique classique. Quand j'étais débutant, j'ai passé les premières années à prendre des photos de vacances et de famille. Depuis cette période, ma carrière s'est divisée en deux grandes étapes : la photographie paysagiste et les photos ayant les pierres comme thème principal. Lorsque je me suis mis à faire de la photo de paysages, je suis passé d'un appareil petit format à un appareil moyen format. La raison en était principalement que j'avais tout mon temps et que je pouvais profiter de tous les avantages du trépied. C'était aussi parce qu'un format plus grand pourrait aussi permettre un tirage plus grand. En 1991, je me suis acheté un Hasselblad 503CXi avec des objectifs de 40 mm, 80 mm, 120 mm et 140-280 mm et je les utilise toujours. J'ai ensuite ajouté un 500 mm à mon équipement pour photographier des pierres. La raison pour laquelle j'ai tout de suite choisi Hasselblad est que c'est ce que m'a conseillé un ami à moi qui est photographe. Les années de pratique ont prouvé que j'avais fait le bon choix. Je n'ai pas encore été confronté à un besoin ou une situation photographique qui ne convienne pas à mon Hasselblad. Jian Junyu Traduction du chinois en anglais : Yuan Shaoying Rédaction : Kerstin Fiedler |